La propreté

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Voilà un sujet qui fait couler beaucoup d’encre et autour duquel la pression est forte (l’école, l’école, toujours l’école… si encore c’est parce qu’elle était obligatoire, mais non!).

Un sujet quasi-obsessionnel pour les parents dont les enfants approchent de l’âge fatidique des 3 ans.

Pourtant, un sujet si nouveau au regard de l’histoire de l’être humain…

 

Nous avons fait du chemin depuis les travaux de Françoise Dolto, un long et beau chemin qui, nous en sommes convaincus, profitera grandement à nos enfants et aux prochaines générations.

Pour évoquer la propreté des jeunes enfants, nous nous replongeons cependant avec plaisir dans l’ouvrage Tout est langage de Françoise Dolto (éd. Le Livre de Poche, 1998, 191 p.).

Tout d’abord, d’un point de vue purement physiologique, l’auteure nous rappelle que les petites filles et les petits garçons ne sont pas conçus de la même façon, et que cela impacte directement l’âge de leur continence, forcément plus tardive chez les petits garçons. Explications :

« Un garçon a sept érection par nuit en moyenne et, au cours de ces érections, il se trouve que l’enfant garçon doit uriner à peu près jusqu’à trente mois minimum, puisque c’est à trente mois que la verge en érection n’est plus en communication avec la vessie, mais avec les vésicules séminales. Il y a un organe physiologique qui se développe entre vingt et un et trente et un mois chez les garçons, et qui fait qu’en érection il ne peut plus uriner comme il le fait depuis sa naissance. (…) dans la nuit il n’est pas responsable de ses érections. (…) Ceci est donc différent pour les garçons et les filles. Tous deux en général sont continents la nuit, trois mois après la continence de jour. Si on ne s’en occupe pas, c’est comme cela. » (pp. 52-53)

Il est bon ici de rappeler à l’instar de Françoise Dolto de ne pas culpabiliser l’érection du petit garçon mais de l’expliquer. Or, dit-elle, c’est bien de la culpabilisation de l’érection qui est faite dès lors qu’un adulte dit à un enfant garçon, lorsqu’il touche sa verge ou quand il se trémousse : « va faire pipi », « tu as envie de faire pipi? ».

« Alors que justement, très souvent, il se trémousse ou touche sa verge parce qu’il a une érection, et que c’est naturel et « normal » de toucher cette verge pour en faire tomber l’érection. (…) [L’enfant garçon prend] conscience alors que les érections ne sont pas volontaires,  qu’il peut avoir un rôle de maîtrise dans la chute de ses érections, parce que cela gêne quand on est occupé à autre chose d’avoir une érection. Cela déconcentre son attention. » (p. 56)

Les pages qui suivent sont celles que nous avons trouvées les plus intéressantes dans ce livre de Françoise Dolto, au sujet de la propreté des jeunes enfants. Ce sont celles au cours desquelles elle relate sa rencontre et sa discussion avec un vieux médecin de 92 ans, alors qu’elle était jeune médecin pédiatre. Voici les extraits retranscrits de ces pages qui se suffisent à elles-mêmes… Bonne lecture…

« Un jour il me parlait : -« (…) de mon temps, on ne voyait pas des pipis au lit comme j’ai commencé à en voir après la guerre de 1914. C’était rare, rare ». (…) Je lui dis : -« (…) Je croyais que cela avait toujours existé. Je crois que c’est parce que les mères élèvent leurs enfants en les culpabilisants de ne pas être continents bien avant qu’ils n’en soient capables neurologiquement ». – « Ah, ma jeune consœur, il y avait des familles rares où les garçons faisaient pipi au lit tard. Je les connaissais. Je leur disais « ne vous inquiétez pas; tu étais comme ça; ton père m’a raconté qu’il était comme ça aussi. Dis à ta femme qu’elle patiente. Ton fils est comme ça, mais vous êtes tous devenus des gens très bien; ce n’est pas une maladie ». C’est comme les enfants qui sont en retard pour parler, ou en retard de motricité, ils peuvent être tout à fait adroits et devenir acrobates, alors qu’ils ont commencé plus tard que d’autres ». » (pp. 56-57)

« Il n’y a pas d’âge pour le développement. Ce qu’il faut, c’est ne pas demander à un enfant d’avoir un comportement avant d’avoir eu ce qui correspond au début de son intérêt pour la motricité, pour la propreté etc. » (p. 57)

Nous pourrions compléter cette dernière phrase de Françoise Dolto par une longue liste de choses que malheureusement certains adultes sont enclins à demander trop précocement à certains enfants: pour la séparation, pour la socialisation, pour le coloriage, pour le dessin, pour la lecture, pour l’écriture, pour le calcul, pour la logique etc. etc.

Le vieux médecin poursuivait sur les pipis au lit :

« – Moi, j’ai vu apparaître cela après la guerre de 1914. Après la guerre de 1914, dans les campagnes, les femmes se sont mises à être culpabilisées, disait-il, de mettre des langes mal lavés, mal séchés aux enfants, parce qu’on leur a enseigné que les coliques des enfants, ce qu’on appelait autrefois la diarrhée verte, et qu’on appelle maintenant la toxicose, qui était un agent de la mortalité infantile énorme autrefois, pouvait venir de là. On a fait comprendre aux femmes qu’il fallait mettre du linge très sec aux enfants; il ne fallait pas qu’il soit mouillé pour qu’ils n’attrapent pas froid au ventre, et il fallait qu’il ait bouilli puis été repassé au fer chaud pour l’antisepsie. Alors les femmes se sont culpabilisées : c’était peut-être leur faute si leur enfant mourrait de diarrhée. Elles se le disaient, les unes, les autres, et dans les petits logements, il y avait ces couches qui devaient sécher. L’hiver, comment sécher les couches quand on n’a qu’un poêle, que tout le monde vit dans les couches des bébés et que le logement est exigu? (…) Et en plus, quand elles faisaient la lessive, ce n’était pas assez rincé. Tout le monde n’avait pas d’eau. Il fallait aller à la fontaine, et l’hiver c’était gelé. C’étaient des complications terribles l’hygiène du change des bébés. Ce qui faisait que les mamans veillaient, avant qu’ils n’aient pu faire pipi ou caca, pour qu’ils ne salissent pas de linge, et que cela ne fasse pas toutes ces complications , avec toujours la menace: si je lui mets quelque chose de pas sec, ou de mal lavé, il va faire de l’érythème fessier, il va s’infecter, ou, si ce n’est pas sec, il va faire de la diarrhée verte par froid au ventre. En plus, elles ont voulu (…) langer les enfants à l’anglaise, au lieu de les mettre dans une grosse couverture de laine, ce qui faisait que, s’ils étaient mouillés, ils n’avaient pas froid. On s’est mis à dire qu’il fallait voir leurs petites jambes parce qu’elles étaient plus à l’aise à librement gigoter. Ce qui est vrai, mais qui en même temps faisait le danger des culottes en caoutchouc, jamais bien étanches à l’air. Les enfants transpiraient là-dedans, les couches mouillées se refroidissaient, l’enfant avait des coliques etc. » (pp. 58-59)

« Donc, ce côté pratique du change de lange pour ce vieux confrère expliquait l’énorme attention des mères et leurs efforts pour prévenir tous les risques dus au froid, à l’humidité, aux dermatoses fessières, aux diarrhées des nourrissons. Il me dit: « – Autrefois, les enfants n’étaient pas du tout élevés à être propres, quand ils ne marchaient pas, ils étaient dans des langes, des grosses couvertures (…) et dès qu’ils marchaient on leur mettait une robe en droguet. C’est un vieux mot qui veut dire une grosse étoffe, laine et coton, très épaisse. (…) Le thorax ne bouge pas de taille quand l’enfant grandit et ces robes tant pour filles que garçons duraient jusqu’à quatre ans. (…) En dessous, ils étaient nus, et ils faisaient ce qu’ils avaient à faire. Le sol était de terre battue, et il y avait toujours une grand-mère qui ramassait le pipi ou le caca laissé par l’innocent enfant. On ne faisait pas d’histoires, et ils devenaient continents, naturellement. Personne ne s’en occupait jamais. C’était dans l’ordre. C’est tout. Alors on mettait aux garçons des culottes et aux filles des robes. Il n’y avait jamais d’histoire pour le pipi-caca. Cela n’existait pas à la campagne. Mais à partir du moment où on a langé les enfants à l’anglaise (…) ». (pp.59-60)

« Ce qui a changé aussi c’est l’idée du confort. Surtout le sol: on s’est mis à faire des parquets ou des linos. Des linos encore, on pouvait ramasser, cela ne mouillait pas, mais quand c’était des parquets, cela salissait, il fallait recommencer à cirer, un accident sur le parquet ciré donnait un gros travail à la maman. On voit très bien comment une chose, venue de la vie pratique, de l’esthétique des logements, et en même temps de la connaissance des notions d’hygiène, suivie des découvertes pastoriennes, du rôle de l’antisepsie dans la lutte contre la morbidité et la mortalité infantile, comment tout cela a pu jouer pour rendre les mères angoissées que les enfants se mouillent, se salissent, avec toutes les complications cutanées, ou générales, que cela pouvait apporter ». (p.61)

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